Tourmente financière à l’UQAC : les professeurs demandent des comptes
Le mécontentement et l’inquiétude grondent dans les couloirs de l’UQAC. Les professeurs de l’université ont adopté vendredi une résolution à l’unanimité exhortant la direction à être pleinement transparente quant à la situation financière de l'établissement et à assurer une meilleure collégialité dans la prise de décisions. Les professeurs exigent de l’UQAC Les associations étudiantes, de leur côté, ont convoqué une rencontre spéciale, lundi, pour se positionner sur cette question. Au début avril, l’UQAC a décrété un gel d’embauche et une diminution des dépenses afin de redresser sa situation financière. Le déficit anticipé de 12 millions de dollars s’ajoute à deux autres années déficitaires. À la fin du mois, l’établissement s’attend à terminer son année financière 2024-2025 avec un solde budgétaire négatif d’environ 1 million de dollars. L’année précédente, en 2023-2024, l’UQAC avait accusé un déficit de 6,4 millions de dollars. Le recteur de l’Université, Ghislain Samson, a montré du doigt la baisse du nombre de demandes d’admission et la nouvelle formule de financement des universités dévoilée par Québec en juin dernier pour justifier la situation financière actuelle. Les justifications du recteur ne convainquent pas le deuxième vice-président du Syndicat des professeures et professeurs de l’UQAC (SPPUQAC), Érick Chamberland. Érick Chamberland affirme que son syndicat tend la main à la direction de l'UQAC. Photo : Radio-Canada / Frédéric Pépin L’administration doit reconnaître qu’elle a fait des choix au fil du temps qui ont conduit à une structure beaucoup plus lourde qu’auparavant. On demande qu’elle assume ses choix. Et on va l’aider à prendre les décisions qui s’imposent. La Fédération québécoise des professeures et professeurs d’université (FQPPU) appuie la sortie de ses membres de Chicoutimi. Ils sont plusieurs à craindre un scénario semblable à celui de l’Université Laurentienne, en Ontario, qui a frôlé la faillite et qui a dû mettre à pied près de 200 employés il y a quelques années. L’UQAC offre plus de 200 programmes d’études. Photo : Radio-Canada / Julien Gagnon Le syndicat a constaté que l'inquiétude est vive parmi les professeurs de l'Université. On a noté qu’il y avait beaucoup d’anxiété et de craintes chez les professeurs et notre souhait, c’était de faire vivre la collégialité, souligne le vice-président du syndicat, Éric Bélanger. Plusieurs professeurs, comme Yasar S. Kocaefe, qui enseigne les sciences appliquées, se disent préoccupés. L'inquiétude est présente également chez les étudiants alors qu'une hausse du coût de certains services offerts par l'Université a été annoncée par l'UQAC lors de la divulgation de mesures au début du mois. Peu de détails sont connus de l'association, pour l'instant. On est dans une situation où les étudiants sont en situation de précarité financière, de précarité alimentaire, de précarité à peu près partout. C’est sûr que c’est inquiétant. On ne nous a pas présenté de chiffres pour le moment. Mais on sait que c’est plein de petites choses dans la vie de tous les jours qui vont augmenter. Du côté de la ministre de l’Enseignement supérieur (MES), Pascale Déry, on indique que la situation financière de l’UQAC est La ministre de l'Enseignement supérieur du Québec, Pascale Déry (Photo d'archives) Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot Cette politique a plutôt augmenté considérablement le financement inconditionnel aux universités et prévoit des mécanismes de protection financière si des baisses d’étudiants surviennent, explique-t-il. L’UQAC a une situation financière fragile depuis bien avant la nouvelle politique de financement, malgré le fait qu’elle a bénéficié d’une augmentation importante de son financement accordé par le gouvernement du Québec. L’UQAC a par ailleurs reçu une enveloppe de 6 millions de dollars pour maintenir une offre de services en région et une autre de 5 millions de dollars pour l’année 2024-2025 afin d’assurer la transition entre l’ancienne et la nouvelle politique de financement, indiquait le ministère de l’Enseignement supérieur dans un courriel en décembre. Le spécialiste du financement des universités Martin Maltais donne raison au ministère en ce qui a trait à la nouvelle politique gouvernementale. Le professeur à l’Université du Québec à Rimouski (UQAR) affirme toutefois que là où le bât blesse et rend la situation difficile pour l’ensemble du réseau universitaire, dont l’UQAC, c’est en ce qui a trait aux enveloppes annoncées pour l’enseignement supérieur dans le dernier budget Girard. Martin Maltais, professeur à l’Université du Québec à Rimouski Photo : Radio-Canada / Fannie Buissières-McNicoll Même si les règles de financement ne désavantagent pas Chicoutimi comme le dit la ministre, le budget d'ensemble ayant baissé, ça amène une compression. Simon Savignac, du cabinet de la ministre Déry, conclut qu’un autre facteur pourrait expliquer la baisse des demandes d’admission à l’UQAC : le resserrement du processus d’admission qu’a mis en place l’établissement en lien avec les réseaux controversés d’immigration, sur lesquels Radio-Canada a récemment levé le voile. Les professeurs de l’UQAC demandent aussi à savoir ce qui a été proposé comme accompagnement de la part du ministère de l’Enseignement supérieur et de sa ministre, Pascale Déry. Madeleine Pastinelli, du FQPPU, remet aussi en question l’implication du MES dans ce dossier. Elle aussi prévient qu’une inaction pourrait mener à une crise comme celle qu’a traversée l’Université Laurentienne. Madeleine Pastinelli est la présidente élue de la Fédération québécoise des professeures et professeurs d'université. Elle entrera officiellement en fonction le 1er septembre prochain, à temps pour la rentrée universitaire. Photo : Stacy Beaudoin Ce qu’on demande [à la ministre Déry], ce n’est pas d’aller se mêler des décisions budgétaires des universités, mais qu’elle impose des règles qui contraignent à la transparence et qui contraignent à une gouvernance plus collégiale.la divulgation complète de sa situation financière et comptable afin de supporter les scénarios envisagés
, alors que l’établissement prévoit un déficit de 12 millions de dollars en 2025-2026.Des explications qui font sourciller

La situation financière est difficile pour toutes les universités. Mais pourquoi est-ce la catastrophe à l’UQAC?
, se demande la présidente du regroupement, Madeleine Pastinelli.[La crise financière] à l’Université Laurentienne nous a appris qu’une gestion obscure peut coûter très cher!
lance Érick Chamberland.On est dans un déficit structurel, substantiel et on nous propose des coupures de postes d'enseignement, alors que la proportion du coût des enseignants dans le budget [a diminué]. Donc, les mesures ne sont peut-être pas les bonnes!
dit-il.
De l'inquiétude chez les professeurs
Notre préoccupation, c’est la qualité d’enseignement en recherche. Avec le gel des postes, par exemple, si on n’a pas de poste, la qualité va diminuer. Notre département, c’est ingénierie, et on est en compétition, c’est un milieu très compétitif
, explique-t-il.Nouvelle politique : un financement qui
n’a pas été réduit
suivie de près depuis des années
et que la tutelle ne fait pas partie des options envisagées à l’heure actuelle
.Contrairement à ce qu'avance l'établissement, il serait étonnant que les difficultés financières soient attribuables à la nouvelle politique de financement et à la baisse de leurs étudiants
, écrit Simon Savignac, le directeur des communications de la ministre.
On parle d’une baisse réelle du budget des universités de l’ordre de 3 %.

La ministre Déry interpellée pour éviter d’autres dérives financières
Si on veut éviter qu'un scénario comme celui-là se reproduise dans nos universités [au Québec], dit-elle, on doit repenser le mode de gestion financière des universités en s’assurant que les processus budgétaires soient publics et qu’il n’y ait pas de décisions prises à huis clos.

Advertising by Adpathway









